Un an après, retour sur les inondations meurtrières qui ont frappé la Wallonie

Un an après, retour sur les inondations meurtrières qui ont frappé la Wallonie
Belga

Il y a un an, une Wallonie sans trains, du jamais vu

Les inondations du mois de juillet 2021 ont constitué une crise d’une ampleur inédite, qui a entraîné des conséquences elles aussi historiques, avec notamment la coupure, le 15 juillet, du trafic ferroviaire sur 25 lignes en Wallonie, du jamais vu.

Le 15 juillet 2021 restera une date historique dans l’histoire des chemins de fer belges. Pour la première fois, l’ensemble du réseau ferroviaire en Wallonie est mis à l’arrêt. «C’était totalement inédit», se rappelle Frédéric Sacré, porte-parole d’Infrabel, le gestionnaire de l’infrastructure ferroviaire. En Belgique, le principe est de «maintenir le trafic le plus loin possible, quitte à devoir prendre des dispositions et à avoir un service un peu dégradé», explique-t-il. «Interrompre proactivement le trafic, on ne l’avait jamais fait.»

Les précipitations s’accumulent dès le 14 juillet. Infrabel déploie des équipes de garde prêtes à intervenir rapidement tandis que la SNCB déconseille les voyages en train dans les provinces de Liège, de Namur et de Luxembourg. Quatre lignes sont totalement arrêtées à l’est, dans les provinces de Liège et de Luxembourg, quand d’autres se voient interrompues sur certains tronçons. Mais le trafic ferroviaire résiste encore un peu.

C’est le lendemain, le 15 juillet à l’aube, que la décision est prise d’interrompre totalement le trafic sur 25 lignes en Wallonie. Ce matin-là, un train, sans voyageurs, part en repérage sur la ligne reliant Namur et Arlon. À hauteur de Lesterny, il déraille, sans faire de blessés. «Un ruisseau de deux ou trois mètres de large en a fait finalement 50 tellement il a débordé. Il a emmené une partie de l’assise de la voie», faisant dérailler ce train. La SNCB, Infrabel et le ministre de la Mobilité Georges Gilkinet se réunissent et décident alors d’interrompre le trafic sur 25 lignes ou portions de ligne du réseau wallon. La dorsale wallonne est à l’arrêt, de même que le trafic ferroviaire vers l’Allemagne et le Luxembourg.

Les gares ont également été dévastées, notamment celle d’Angleur, inondée, ce qui a occasionné des dégâts aux installations techniques pour la circulation des trains, l’information aux voyageurs, le chauffage..., explique la SNCB. Une partie du quai s’est effondrée dans la gare de Chaudfontaine tandis que les couloirs installés sous les voies donnant accès aux quais de la gare de Chênée étaient sous eaux. La gare de Liège-Guillemins a dû être évacuée le 15 juillet en raison de la montée des eaux dans la Cité ardente. Elle n’a pu rouvrir que le lendemain.

Après l’urgence, vient le temps de la gestion. Une fois l’eau retirée, les équipes d’Infrabel et de la SNCB constatent l’étendue des dégâts et le constant est sans appel : plusieurs tronçons doivent rester fermés. Entre 8 et 10% de l’offre ferroviaire a été supprimée à cause des inondations, entraînant l’organisation de 8.100 trajets de bus pour un coût de 2,7 millions d’euros. Quelque 125.000 voyageurs ont été transportés en bus. Le plan alternatif de circulation a impacté jusqu’à 50.000 personnes par semaine, selon la SNCB.

Le 16 juillet, une carte de remise en service progressive du trafic ferroviaire est publiée. Si certaines lignes ont dû être arrêtées quelques jours seulement, le temps de procéder à des vérifications de sécurité, d’autres resteront à l’arrêt jusqu’à la fin des vacances scolaires. De gros dégâts sont notamment constatés sur la ligne reliant Liège à Verviers et Spa, sur laquelle quatre ponts ont été endommagés, ainsi qu’entre Namur et Ottignies, principalement à hauteur de Mont-Saint-Guibert où un talus a dû être stabilisé. La région de Dinant souffre également quelques jours plus tard, lorsque de nouvelles précipitations emportent un passage à niveau.

Six semaines après les inondations, fin août, trois portions des chemins de fer restent impraticables : entre Liège et Pepinster ; entre Pepinster et Spa, ainsi qu’entre Gembloux et Ottignies. Pour ce dernier tronçon, c’est un talus à Mont-Saint-Guibert, fragilisé, qui a occupé l’essentiel du chantier. Quinze mille tonnes de roche ont été acheminées pour ériger un mur protégeant ce talus. «On a fait en sorte qu’il ne soit plus un géant aux pieds d’argiles, on lui a rendu une base solide. On a reconstruit en dimensionnant pour d’éventuels futurs phénomènes extrêmes», avance M. Sacré.

Une logique qui n’a pas toujours pu être respectée sur les autres chantiers, dans une volonté de rétablir le trafic le plus rapidement possible. «Pour la région de Pepinster, nous avions quatre ponts à reconstruire, en tout ou partie. Ce qui a été fait pour début octobre (...), ce qui reste une performance assez exceptionnelle», se targue le porte-parole d’Infrabel. Une performance qui n’a été possible que parce qu’ils ont été reconstruits à l’identique. «Si on avait lancé de nouvelles études, il allait ne pas y avoir de trafic sur ces lignes pendant un an ou deux, ce n’était pas envisageable», souligne-t-il, mettant en avant le rôle sociétal des chemins de fer, d’autant plus dans des régions où le réseau routier a été également fortement endommagé. Permettre à la population de se déplacer en train était la priorité.

«Est-ce que cela veut dire qu’on a reconstruit en se disant que, de toute façon, dans cinq à dix ans, un phénomène climatique extrême allait tout détruire? Non», répond M. Sacré. «On a reconstruit à l’identique car on devait aller vite, on ne pouvait pas se permettre autre chose», explique-t-il, soulignant que les normes de résistance des ouvrages ferroviaires sont déjà élevées, ceux-ci devant durer 100 ans. Mais «on voit qu’il y a peut-être un travail à effectuer au niveau de la régulation des cours d’eau», glisse-t-il.

Du côté de la SNCB, «dans des endroits où nous n’aurions jamais pensé être inondés, la SNCB veille désormais à l’emplacement des installations techniques (en hauteur ou dans les étages). Le gabarit de plusieurs évacuations d’eau a dû être adapté pour évacuer de plus grands volumes d’eau».

L’ensemble des dommages causés à l’infrastructure ferroviaire est estimé par Infrabel à environ 67 millions d’euros, dont 25 millions ont jusqu’à présent été récupérés auprès des assurances. Le gestionnaire a également pu compter sur un préfinancement accordé par le gouvernement fédéral.

Une commission d’enquête et 161 recommandations pour tirer les leçons de la catastrophe

Quelques semaines après les inondations meurtrières qui ont frappé la Wallonie à la mi-juillet 2021, le parlement wallon s’entend, malgré les réticences initiales exprimées notamment par le ministre-président Elio Di Rupo, pour mettre sur pied une commission d’enquête parlementaire devant se pencher sur la gestion de la catastrophe. Près d’un an plus tard, si des «impulsions ont bien été données» à la suite de ses recommandations, elles ne répondent pas forcément aux besoins du terrain, regrette l’opposition.

Après les atermoiements de l’été, les travaux de la commission débutent au tout début du mois de septembre. Au cours des 120 heures d’auditions, les parlementaires régionaux entendent tour à tour des experts, des responsables des différents services de secours, des mandataires locaux et provinciaux ainsi que des membres du gouvernement wallon, dont le ministre régional en charge des Infrastructures, Philippe Henry, et le ministre-président.

En mars, la majorité et Les Engagés (ex-cdH) trouvent finalement un terrain d’entente pour formuler 161 recommandations communes. Le PTB, qui n’a eu de cesse de pointer le ’deal à un milliard d’euros’ passé entre la Région et le secteur des assurances afin que les sinistrés assurés soient remboursés en intégralité, n’y a pas été associé.

Votées en séance plénière du parlement wallon le 31 mars, ces recommandations balaient un large spectre des problèmes soulevés au cours des travaux.

Plusieurs recommandations visent ainsi à améliorer la lisibilité et la qualité des prévisions météorologiques et hydrologiques, afin de mieux rendre compte des risques, que ce soit vers les autorités publiques ou vers le grand public.

D’autres prévoient de développer une gestion de crise et une culture du risque en formant de manière continue les mandataires et fonctionnaires locaux à la planification d’urgence et en redéfinissant les missions du Centre régional de crise via un cadre légal clair.

L’amélioration de la communication vers la population, avant, pendant et après les périodes de crise figure également en bonne place, tout comme la problématique des barrages qui a alimenté bien des discussions. La majorité et Les Engagés proposent à ce sujet «de définir un cadre légal, d’établir un plan d’urgence pour la gestion des barrages et de rendre la gestion des barrages-réservoirs plus dynamique, tout en formant les équipes en matière de gestion de crise».

Ils entendent par ailleurs «revoir, améliorer et rendre effectifs les plans d’urgence et d’intervention provinciaux et communaux, réaliser des exercices et de généraliser l’utilisation de Be-Alert pour les autorités locales».

L’amélioration de la transversalité au sein du SPW pour sortir de la gestion en silos, le développement d’une culture organisationnelle forte et la simplification des procédures font également partie des recommandations, au même titre que la mise à jour des cartes des zones inondables, la prévention des risques d’inondations par sous-bassins versants et l’organisation de la reconstruction.

Enfin, les signataires du texte appellent à «une reconnaissance officielle des événements et à un travail de mémoire» qui prendra notamment la forme, cette année, d’une commémoration en hommage aux victimes le 14 juillet prochain à Chênée, en présence notamment du couple royale et des autorités publiques.

Pour le reste, près de 4 mois après la fin des travaux de la commission, «des impulsions ont été données et des choses ont été réalisées mais pas forcément en adéquation avec les besoins du terrain», analysent aujourd’hui Les Engagés, pour lesquels «il y a désormais urgence». «Si les mesures ne sont pas exécutées avant la fin de l’été, ça signifie qu’il y a des risques qu’on ne les exécute tout simplement pas», estiment ainsi François Desquesnes et Marie-Martine Schyns, les deux commissaires du parti au sein de la commission d’enquête.

Selon ces derniers, des améliorations sont nécessaires en matière d’alertes, pour lesquelles un dispositif «sans faille» doit être mis sur pied; de gestion de crise; de renforcement des pouvoirs locaux et de reconstruction alors que pour l’instant, la circulaire du gouvernement sur le sujet n’apporte aux communes aucune aide à la décision. La gestion des barrages, longuement analysée par la commission, doit également progresser. «Il faut des barrages plus agiles et les doter d’un cadre légal. Pour l’instant, ce dernier point constitue un gros manquement dans la mise en œuvre des recommandations de la commission puisque pas la moindre décision n’a été prise», concluent Les Engagés.

Près de 90% des sinistrés ont été indemnisés, selon la fédération sectorielle Assuralia

Un peu moins d’un an après les inondations meurtrières de la mi-juillet 2021, près de 90% des sinistrés assurés ont été indemnisés, selon la fédération sectorielle Assuralia.

«Près de 90% des 75.496 dossiers introduits sont presque totalement réglés, un accord sur le montant total des dommages ayant été trouvé entre assureurs et assurés», indique Hein Lannoy, l’administrateur délégué d’Assuralia, l’union professionnelle des entreprises d’assurances.

Sur ce pourcentage, 75% des sinistrés ont été totalement indemnisés par leur assureur et 15% recevront leur solde sur présentation des factures des travaux réalisés après avoir déjà reçu entre 80 et 90% des montants prévus.

Quant aux 10% restants, ils font partie des dossiers qui restent à finaliser, en raison notamment de pièces manquantes, de la nécessité de contre-expertises, de la non-disponibilité de certains corps de métiers ou de dossiers rentrés plusieurs mois après le sinistre. «Des discussions sur le montant total des indemnisations sont en cours mais des avances ont déjà été versées», précise toutefois le responsable d’Assuralia.

Selon ce dernier, les indemnisations versées aux sinistrés assurés des trois Régions du pays s’élevaient, au 31 mai dernier, à plus de 1,7 milliard d’euros sur un coût total des dommages estimé pour le secteur à quelque 2,5 milliards d’euros, dont 2,44 milliards rien que pour la Wallonie, et principalement la province de Liège. La toute grande majorité de ce montant - 1,5 milliard d’euros - a été versée dans le cadre de l’assurance incendie en risques simples (habitations, petits commerces, bâtiments agricoles); 152 millions d’euros sont passés en risques spéciaux (grandes entreprises) et 62 millions en assurance auto omnium.

Si ces inondations et les dégâts qu’elles ont causés sont inédits, la multiplication des catastrophes naturelles menace l’accès futur à une indemnisation complète pour les sinistrés, a par ailleurs averti Assuralia. «Les dommages causés par les inondations de juillet 2021 ou encore les tempêtes successives de février 2022 témoignent de l’émergence de risques désormais considérés comme systémiques. Pour maintenir des primes abordables et assurer une indemnisation complète lors de tels événements, il est impératif de prévoir des solutions durables par la mise en place d’un partenariat public-privé plus adéquat», a ainsi plaidé Hilde Vernaillen, la présidente d’Assuralia. «Si les lignes ne bougent pas, l’indemnisation complète de catastrophes naturelles de grande envergure risque à l’avenir d’être compromise», insiste-t-elle.

L’accord conclu à la suite des inondations entre le secteur et la Région wallonne - qui a mis sur la table près d’un milliard d’euros afin d’assurer une indemnisation complète des sinistrés assurés - pourrait servir de modèle, a ajouté la présidente.

Pour mémoire, cet accord prévoit une clause de rendez-vous selon laquelle le secteur et la Région doivent se remettre autour de la table si les indemnisations effectivement versées dépassent 1,5 milliard d’euros. «On est dans les conditions depuis la fin du mois de mai. Des initiatives ont donc été prises par les deux parties».

Ces derniers ont enfin assuré vouloir «tirer les leçons des catastrophes majeures», ce qui passe entre autres par une information claire sur les contrats d’assurance, par une professionnalisation du métier d’expert en assurances et par le rôle crucial de la prévention. «Avec l’aide des nouvelles technologies et de l’innovation, les assureurs peuvent affiner leurs données et jouer un rôle important, conjointement avec les autorités, pour mieux cartographier les zones à risques, avertir les citoyens d’une catastrophe potentielle et mieux les guider dans la prise de mesures préventives», affirme Etienne Bouas-Laurent, le vice-président de la fédération sectorielle.

Un an après les inondations, la Wallonie face à la «frustrante» lenteur des procédures

Près d’un an après les inondations meurtrières qui ont touché la Wallonie en juillet 2021, le gouvernement régional a fait le point, lundi, sur le bilan de la catastrophe et la reconstruction des zones sinistrées, parfois freinée par la «frustrante» lenteur des procédures administratives.

«Si un tel drame se reproduisait, il faudrait éliminer toutes les contraintes pendant un certain temps afin de gagner du temps. Les procédures administratives, auxquelles les autorités ne peuvent se soustraire, sont dans ce cas des boulets entrainant des contraintes majeures alors que sur le terrain, il y a une impatience bien compréhensible», a expliqué le ministre-président wallon, Elio Di Rupo, au cours d’une conférence de presse.

Une impatience justifiée par l’ampleur des dégâts: les inondations de la mi-juillet 2021, ce sont tout d’abord 39 morts, dont le souvenir sera honoré lors d’une commémoration officielle le 14 juillet prochain à Chênée, en présence du couple royal. Ce sont aussi 100.000 sinistrés, 9.670 hectares sous eau, près de 48.000 bâtiments, dont 45.000 logements, touchés à des degrés divers, plus de 11.000 voitures dégradées ainsi que des centaines d’ouvrages d’art détruits ou endommagés, a rappelé Elio Di Rupo.

À ce stade, le coût pour la Région atteint 2,8 milliards d’euros, elle qui a dû sortir de sa poche près d’un milliard d’euros pour palier le plafonnement de l’intervention des assureurs à 20% des montants, permettant ainsi aux sinistrés assurés d’être totalement couverts.

Dans ce cadre, les conditions pour activer la clause de rendez-vous avec le secteur ont été récemment atteintes et des discussions seront engagées dans les tout prochains jours. «Initialement, on avait estimé que l’ensemble des dégâts concernés se chiffreraient à 1,670 milliard, dont 991 millions à charge de la Région. Nous avons aujourd’hui réévalué ce montant à la hausse, à 2,069 milliards d’euros. Il y a donc 399 millions de financement additionnel qui doivent faire l’objet de négociations entre la Région et les assureurs», a détaillé le ministre-président.

Quant aux sinistrés non-assurés, ils ont pu faire appel au Fonds des calamités, dont les effectifs sont passés de 3 à 41 personnes en un an. À ce jour, le Fonds a reçu 7.673 demandes d’indemnisation, concernant 10.640 types de biens différents (immeubles, véhicules, biens professionnels, biens agricoles et biens forestiers). Sur ce total, 2.812 dossiers nécessitent des informations complémentaires; 1.911 ont fait l’objet de décisions positives; 1.696 ont été refusés parce qu’ils ne répondaient pas aux critères d’admission; 697 dossiers sont en cours d’expertise sur le terrain et 557 en cours de traitement.

Pêle-mêle, le gouvernement a également financé la distribution de plus de 600.000 repas chauds aux sinistrés entre la mi-septembre et la mi-mars; il a relogé 3.521 personnes via une série de dispositifs spécifiques; il a octroyé une prime énergétique de 550 euros pour le séchage des habitations touchées et a financé l’évacuation et le traitement de 152.000 tonnes de déchet tout en encourageant la relance des activités économiques par le biais de différents mécanismes, et notamment d’un prêt aux entreprises permettant de préfinancer les indemnisations à concurrence de 75%. Quelque 80 millions d’euros ont en outre été dégagés pour soutenir financièrement les communes sinistrées.

«La Wallonie doit faire de cette catastrophe une opportunité pour le futur», en optant notamment pour une «reconstruction durable», a encore dit Elio Di Rupo. Et le ministre-président de citer en exemple le Master Plan Vesdre qui établira une méthodologie opérationnelle pour favoriser la résilience de la vallée et le programme ’quartiers durables’ qui vise 11 quartiers situés dans 9 communes fortement sinistrées.

Enfin, le gouvernement procède, avec l’aide de bureaux spécialisés, à une modélisation hydraulique/hydrologique du bassin de la Vesdre afin de réduire les risques en cas de nouvelles crues.

«Le travail réalisé par le gouvernement, par l’ensemble des services de la Région wallonne et par les pouvoirs locaux est colossal. Cependant, le quotidien de nombreux sinistrés reste encore extrêmement difficile. Nous en sommes conscients et nous continuerons à mettre tout en œuvre pour soutenir les sinistrés dans le cadre de nos compétences», a poursuivi Elio Di Rupo.

A cette fin, les missions qu’assume actuellement le Commissariat Spécial à la Reconstruction seront effectuées par les administrations compétentes à partir du 26 juillet prochain, à l’exception des chantiers prioritaires pour la reconstruction nécessitant une coordination renforcée qui seront pour leur part supervisés par l’exécutif et la Secrétaire générale du SPW, Sylvie Marique, en collaboration avec les administrations concernées.

«Pas un jour ne passe sans que je ne pense aux victimes»

Il est des intérims de bourgmestre faisant fonction qui peuvent marquer à vie, professionnellement mais surtout humainement. Christine Defraigne, première échevine à Liège, en a fait la douloureuse expérience lors des inondations de l’été 2021. Le 15 juillet, Willy Demeyer est en vacances. C’est donc elle qui se rend aux premières heures au pont-barrage de l’île Monsin, où l’attend une scène «apocalyptique». Près d’un an après, «il ne se passe pas un jour sans que je ne pense collectivement à toutes les personnes qui ont perdu la vie, à leurs familles, à ceux qui ont tout perdu», déclare l’échevine, qui revient sur la catastrophe.

«Je me dis souvent que l’on parle, à juste titre, beaucoup des victimes d’attentats, de guerre, mais on ne parle peut-être pas encore assez des victimes de cette catastrophe. (...) Quand c’est une catastrophe dite ’naturelle’, il y a peut-être un peu plus de fatalité», s’interroge celle qui était aux premières loges.

Christine Defraigne prend son service le 15 juillet à 7h30, en téléphonant au chef de cabinet du bourgmestre qui avait assisté aux réunions la veille, pour un briefing. A 8h30, elle retrouve le ministre Henry au pont-barrage de l’île Monsin. «J’écoute le rapport des ingénieurs du SPW (...) Nous sommes sous une pluie diluvienne, au sens du déluge, je regarde les eaux furieuses», se souvient-elle. «C’était extrêmement effrayant.»

En quittant les lieux, son impression «est toujours aussi mauvaise». «On a beau m’expliquer que les choses sont sous contrôle, je ne sens pas qu’elles le sont. J’ai une impression de ’sauve-qui-peut’ et qu’on est un peu dans la débrouille, ce qui, en soi, n’est pas répréhensible face à un tel phénomène.»

Lorsqu’elle arrive au centre de crise de la police de Liège, «l’eau commence à monter sur les bords de la dérivation». «Nous décidons avec la police qu’il faut que la ville se vide», raconte la bourgmestre faisant fonction. Les accès à la ville sont aussitôt coupés et la police patrouille. «La situation est incertaine mais pas désespérée à ce moment-là.» Chênée, par contre, est déjà inondée. A Angleur, l’Ourthe commence à déborder. Vers 12h30, la ville est vidée.

Mais la situation ne s’améliore pas. Début d’après-midi, on lui annonce que le débit des eaux se situe à 3.150 mètres cubes pas seconde, soit 750 de plus que ce que le pont-barrage ne peut débiter. Christine Defraigne pose alors la question: «qu’est-ce que cela implique?» Réponse: des eaux qui débordent d’1m50 en moyenne.

Viens alors le temps «de mettre à l’abri», les passants comme la population. L’information circule, il est conseillé de monter aux étages lorsque c’est possible, de rejoindre les collines alentour. Un Be-Alert est envoyé aux citoyens dont le GSM borne dans les zones concernées.

«J’ai essayé d’envoyer ces consignes-là le plus précisément possible. On a dit: ’c’est anxiogène’ mais c’était un principe de précaution», estime-t-elle avec le recul.

Pendant ces heures de l’après-midi du 15 juillet, «on ne savait pas où on allait. Il fallait raisonner rationnellement», se remémore Christine Defraigne. Or, les nouvelles ne sont pas bonnes. «J’ai raisonné en disant: ’qu’est-ce que je déciderais en mère de famille?» «Nous n’avions pas de certitudes que Liège passerait le cap.»

«Nous étions livrés à nous-mêmes: les pompiers ne répondaient plus, la province ne répondait plus», ajoute-t-elle. Il ne s’agit pas «d’une critique». «Tout le monde a été dépassé, nous aurions dû passer en phase fédérale plus tôt.»

«Je n’avais qu’une zone d’incertitudes cet après-midi-là. Il fallait protéger un maximum la population.» Et Liège a pu compter sur son centre de crise «bien organisé, habitué à gérer les catastrophes», tient à souligner Christine Defraigne.

Ce n’est que quand le pic a été dépassé, tard dans la soirée, «qu’on a pu se dire: ’le plus dur est passé mais le pire est devant nous’». L’ex-présidente du Sénat rentre une heure chez elle, voir sa maman qu’elle avait mise à l’abri mais ne ferme pas l’oeil, et repart au centre de crise.

«C’est quand l’eau s’en va que la zone de guerre» se dévoile: c’est par ce tableau que débute la journée du vendredi 16 juillet. «Il fallait gérer l’après-pic: héberger, reloger,...» Un premier centre est ouvert le jour-même à Grivegnée, puis six ouvriront au plus près des zones sinistrées. Des aides juridiques et administratives sont mises en place, ainsi qu’une aide financière aux personnes sinistrées.

Malgré l’urgence, Christine Defraigne a aussi coiffé sa casquette d’échevine du bien-être animal, avec 300 animaux sauvés des inondations. «Cela peut paraitre dérisoire à côté de l’aide aux personnes. (...) Mais pour se reconstruire, psychologiquement, avoir son animal près de soi et pouvoir l’emmener, c’est quelque chose de très important.» Nombreux étaient aussi les habitants à ne pas vouloir partir sans leurs animaux.

«Même si on ne fait jamais assez, que ce n’est jamais parfait, on a tous été mobilisés, à titre personnel. (...) Même si on n’est pas des gens parfaits, on y a mis toute notre énergie, notre volonté et notre bienveillance», assure la remplaçante du bourgmestre.

«Il faut continuer à résister», a-t-elle envie de dire aux Liégeois, un an plus tard. «On est bien conscient qu’on est pas encore sorti de cette situation, que beaucoup de gens sont encore dans l’extrême souffrance et dans l’extrême difficulté (...) Je veux que les Liégeoises et Liégeois sachent qu’on est à leur côté, même si c’était très difficile.»

«Notre histoire est émaillée de tragédies, mais on s’en sortira. On a des atouts, on est des gens courageux, on a une ville formidable. Que les Liégeois soient fiers d’être Liégeois!"

Christine Defraigne ne crie pas victoire pour autant. «Il faut tenir le coup. Collectivement, nous avons le caractère pour y arriver.»

Un an après les inondations qui ont laissé plus de 13.000 personnes sinistrées, «on est toujours en train de gérer les conséquences». L’analyse du phénomène reste, selon elle, indispensable. «On n’identifiera pas véritablement s’il y a des responsables ou pas. Je ne cherche pas de coupables. Mais il y a toujours cette question lancinante de la gestion des barrages. (...) Je pense que si on veut éviter que cela n’arrive encore, il faut chercher, essayer de savoir si on a agi correctement», conclut la première échevine.

Toujours pas de modèle pour évaluer l’impact des précipitations

«Un an après la catastrophe, on ne dispose toujours pas de modèle permettant de chiffrer, en cm, l’impact des précipitations ou d’un lâché du barrage sur la montée des eaux. C’est inadmissible», clame le bourgmestre de Pepinster, Philippe Godin revenant sur les inondations qui ont sévèrement touché sa commune il y a un an.

«Les informations ne nous sont pas parvenues ou de manière incorrecte. Lorsque l’on a été informé que le barrage d’Eupen allait lâcher 80m3 par seconde, nous avons demandé aux services du gouverneur quel serait l’impact sur la vallée de la Vesdre et notamment pour Pepinster. On nous a dit de ne pas nous inquiéter que ça allait augmenter de quelques cm, alors que la Vesdre a augmenté de plus d’un mètre?» Pour remédier à ce problème de discordance entre les décisions et les réalités du terrain, Philippe Godin souhaiterait que les bourgmestres puissent avoir un accès direct à des informations de qualité.

Pour éviter que de telles inondations ne frappent à nouveau sa commune, le bourgmestre souhaite également qu’un barrage de retenue soit construit au-dessus de Polleur pour réguler les flots de la Hoëgne.

La commune de Pepinster a été particulièrement touchée par les inondations des 14 et 15 juillet 2021. Six habitants de la ville ont perdu la vie emportés par les flots dévastateurs et plus de 1.400 maisons ont été endommagées, à différents niveaux, par la montée des eaux. Des commémorations et un moment de recueillement seront organisés le 14 juillet, date du marché mensuel.

Un an après ces crues qui ont dévasté la vallée de la Vesdre, Philippe Godin, le bourgmestre de Pepinster revient sur ces événements dramatiques. «C’est véritablement un torrent qui a traversé la commune. La force de l’eau était terrible au point que les vitrines des commerces ont explosés et que l’ensemble des marchandises ont été charriées dans la Vesdre. La violence des flots a également emporté des maisons qui se sont effondrées», se souvient le maïeur qui insiste sur la puissance et la force de l’eau mais aussi sur la durée du phénomène. «On a déjà connu des inondations. Généralement l’eau monte pendant deux ou trois heures avant de redescendre. Ici, nous avons eu des flots d’eau durant plus de 36 heures, ce qui a provoqué les importants dégâts auxquels nous sommes confrontés». Pour Philippe Godin, le lâché d’eaux effectué par le barrage d’Eupen n’a fait que renforcer la violence de la situation, en faisant augmenter le niveau de la Vesdre de plus d’un mètre dans la vallée de la Vesdre à hauteur de Pepinster.

Plus d’une dizaine de maisons se sont effondrées durant la période d’inondation. Par la suite, le maïeur a pris un arrêté visant à la démolition d’une quarantaine de bâtiments pour des raisons de stabilité. Un an après la catastrophe, ces immeubles ont été détruits. D’autres le seront dans les semaines ou mois à venir. «Dès le mois de septembre, j’ai fait part, au ministre-président Elio Di Rupo et au ministre Collignon, de mes inquiétudes par rapport aux bâtisses qui se retrouvaient isolées suite à l’effondrement et/ou la démolition des bâtiments attenants», explique le maïeur.

Un message entendu par les autorités puisque la Région Wallonne vient de débloquer 2.777.777 euros pour plusieurs communes sinistrées afin qu’elles puissent racheter ces bâtiments, en vue de les détruire. Quatre communes de la région verviétoise à savoir Pepinster, Verviers, Theux et Limbourg sont concernées. Une manière de pouvoir ainsi se débarrasser de ces traumatisants souvenirs des inondations. «La plupart des propriétaires concernés ont accepté et étaient même demandeurs. Certains ne souhaitent plus résider dans ces zones», ajoute Philippe Godin qui assure qu’une réflexion poussée est menée au sein du service de l’Urbanisme de manière à ce que l’on construise différemment de sorte d’être plus à l’abri.

Rochefort place des jalons pour se souvenir de la hauteur atteinte par les eaux

Rochefort se souviendra, le temps d’une cérémonie prévue le 15 juillet en fin d’après-midi, de l’exceptionnelle montée des eaux qui avait plongé, l’été dernier, l’entité dans la frayeur et le désarroi. Seule commune de la province de Namur à être classée en catégorie 1, c’est-à-dire où les besoins après le sinistre sont les plus importants et urgents, Rochefort n’a toutefois déploré aucune victime dans ces inondations sans précédent.

Une cérémonie de commémorations se tiendra le 15 juillet à 17h00. Les autorités communales vont poser des jalons afin de se rappeler jusqu’où l’eau est montée après des jours interminables de pluie.

Dans la continuité de la première, une seconde cérémonie aura lieu afin de mettre en avant l’élan de solidarité qui s’est spontanément créé et l’impressionnante mobilisation des volontaires qui a suivi la catastrophe. L’ancienne bourgmestre Corine Mullens ayant récemment été poussée vers la sortie, c’est Julien Defaux, le nouveau maieur faisant fonction depuis fin juin, qui prononcera un discours.

La commune de Rochefort, qui avait déjà connu plusieurs inondations par le passé, a été complètement submergée les 14 et 15 juillet derniers, à cause de la montée exceptionnelle des eaux de la Lhomme et de la Wamme. Au total 1.444 ménages, soit 3.010 habitants, ont été touchés, de même que les ponts de Villers-sur-Lesse et Jemelle, des infrastructures sportives, 42 commerces, des écoles, des crèches, deux églises, des salles des fêtes, une maison des jeunes et un parc communal. Trente-deux arrêtés de destruction ont été signés par la bourgmestre faisant fonction à l’époque, Corine Mullens.

L’adrénaline était à son paroxysme, vers 02h00 du matin, dans la nuit du 14 au 15 juillet, lorsque la Wamme a débordé et est venue pousser la Lhomme, faisant céder ses murs et provoquant une montée inédite des eaux, qui a atteint plus d’un mètre par endroits.

Des quartiers qui n’avaient jamais été inondés auparavant et qui n’étaient d’ailleurs pas répertoriés en zone inondable se sont retrouvés sous eaux. Ce fut le cas notamment du quartier du Dewoin à Rochefort, de la rue Louis Banneux, de la rue de la Batte, de la rue des Jardins, de la rue du Hableau... Une maison s’est même effondrée tandis que plusieurs voiries ont été arrachées par les torrents. Sur son passage, l’eau a emporté des voitures, des jouets d’enfants, du mobilier urbain... et a laissé place à des scènes de désolation avec des quartiers complètement engloutis par la boue.

Devant la commission d’enquête parlementaire chargée d’évaluer la gestion des inondations de juillet 2021 en Wallonie, Corine Mullens avait raconté: «En tant que bourgmestre, quand vous êtes à la cellule de crise, vous espérez franchement que les secours vont arriver à temps. On a retrouvé une petite dame sur un matelas flottant et le lieutenant Liétard (de la zone de secours Dinaphi, NDLR) qui lui a sauvé la vie racontait que deux minutes plus tard, elle n’aurait plus été là. (...) J’étais persuadée qu’on allait retrouver des corps dans la commune de Rochefort. Ma hantise était de devoir aller annoncer des morts le lendemain matin à certaines familles».

Le pire a sans doute pu être évité grâce à la décision d’évacuer les camps scouts, dès le 14 juillet dans la matinée, alors que des pluies diluviennes étaient annoncées sur la région. Au total, 1.400 enfants et leurs accompagnants ont été mis à l’abri. «Nous aurions été confrontés à une vraie catastrophe humaine si nous n’avions pas décidé d’évacuer ces camps», avait estimé Corine Mullens lors de son audition.

Le plan communal d’urgence a, lui, été déclenché à 11h30 le 14 juillet. Au fur et à mesure de la montée des eaux, des rues ont été fermées, d’autres évacuées. La Croix-Rouge, la protection civile puis l’armée, sont tour à tour appelées en renfort. Des messages BeAlert sont par ailleurs envoyés aux riverains afin de les avertir sur la situation dans leur quartier alors que plusieurs rues disparaissent sous l’eau. Deux centres d’accueil (la salle Sainte-Thérèse à Rochefort d’abord, le domaine des Masures à Han-sur-Lesse ensuite) seront ouverts afin d’accueillir les premiers sinistrés.

Encerclée par les eaux, Rochefort s’est également retrouvée privée d’électricité tandis que plusieurs réseaux téléphoniques étaient hors service.

Le samedi 17 juillet, le Premier ministre Alexander De Croo et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, accompagnés du ministre-président de la Fédération Wallonie-Bruxelles Pierre-Yves Jeholet, du commissaire européen Didier Reynders et de la ministre de l’Intérieur Annelies Verlinden, se sont rendus à Rochefort, notamment, afin de constater l’ampleur des dégâts.

«C’est notre devoir d’aider les gens dans une situation comme celle-ci à retrouver leur dignité», avait alors déclaré Alexander De Croo. «Nous devons aussi aider à reconstruire cette ville dont le centre est détruit».

A peine la décrue entamée, la solidarité se met en branle et les déchets commencent à être évacués. Munis de seaux et de pelles, de nombreux bénévoles aident au déblaiement, tandis qu’une donnerie se met en place. Les autorités locales organisent également la distribution de repas aux sinistrés et proposent une aide psychologique ainsi qu’une aide juridique. Au vu de l’ampleur du mouvement d’entraide, une personne est chargée au niveau communal de coordonner l’aide des bénévoles.

Dans les mois qui suivirent la catastrophe, des logements modulaires pouvant accueillir une cinquantaine de personnes ont été créés afin d’héberger les personnes ayant perdu leur maison. Ces habitations ont été financées en partie par les dons versés à la Croix-Rouge. Une aide financière au relogement est par ailleurs mise en place.

Un total de huit équivalents temps-plein ont par ailleurs été engagés par la commune à la suite de ces événements pour faire face à la reconstruction.

La commune, qui compte entre 12.000 et 13.000 habitants, estime avoir déboursé 785.000 euros pour remettre en état les bâtiments touchés par les inondations. «Nous pourrions ajouter à cela le coût des déchets évacués, ainsi que la valorisation du travail du personnel communal», complète Julien Defaux. «Dans notre malheur, la chance a été que les pouvoirs subsidiants ont débloqué beaucoup d’argent pour faire face à la crise», a souligné la directrice du CPAS de Rochefort, Fany Dubois.

À l’heure actuelle, des travaux sont toujours en cours pour restaurer les murs de la Lhomme, près du Kiosque à Jemelle et sécuriser les lieux. «La fin des travaux est prévue pour le mois de novembre, mais cela dépendra de l’état de la rivière», indique M. Defaux.

Un an plus tard, il est difficile de quantifier le nombre de personnes encore délocalisées, certaines étant relogées dans leur cercle familial ou chez des amis.

«Si l’on fait une projection par rapport à la rue des Jardins, où seul un résident sur deux a pu réintégrer sa maison, on peut extrapoler et supputer que 50% des Rochefortois sinistrés n’ont toujours pas retrouvé leur logement», avance Corine Mullens, qui ajoute que les démarches avec les compagnies d’assurances prennent énormément de temps.

«Même si les stigmates des inondations ne sont plus tellement visibles à Rochefort, il n’en demeure pas moins que de nombreuses personnes sont encore aujourd’hui en détresse et vivent dans des conditions difficiles», témoigne la directrice du CPAS de Rochefort, Fany Dubois. «À cette situation dramatique, s’ajoute la crise énergétique actuelle qui plombe un peu plus les finances des citoyens sinistrés, déjà confrontés à un surplus de consommation en chauffage et en électricité pour tenter d’assécher les murs humides de leur habitation», souligne-t-elle.

L’ex-bourgmestre f.f. Corine Mullens, aujourd’hui échevine des Affaires économiques et sociales, dit qu’elle aurait aimé avoir une baguette magique pour tout effacer et faire en sorte que les citoyens puissent regagner leur maison comme si rien ne s’était passé. «Tout au long de cette année, j’ai ressenti un énorme sentiment d’impuissance face à la détresse des gens. On ne peut malheureusement pas réparer leurs blessures. Je tiens d’ailleurs à remercier du fond du coeur tous les volontaires sans qui cette reconstruction n’aurait pas pu avoir lieu.»

Même si la solidarité continue, il faudra encore du temps pour que Rochefort, bien connue des touristes pour sa trappiste et son château comtal notamment, sorte complètement la tête hors de l’eau après ces inondations inédites qui resteront à jamais gravées dans les mémoires...

Le Tour de Wallonie 2021 fut partiellement délocalisé dans le Limbourg

Après une édition 2020 du Tour de Wallonie ramenée à quatre étapes, en raison de la crise sanitaire, la course cycliste wallonne de l’été était repartie sur ses bases normales en 2021, en cinq étapes (20-24/07) traversant toutes les provinces de Wallonie.

Les terribles intempéries et les inondations qui ont touché la province de Liège dès le 13 juillet ont amené les organisateurs à revoir in extremis leur carnet de route. La deuxième étape ne pouvait avoir lieu selon le programme, entre Verviers et Herve sur 172 kilomètres. «Vu les évènements tragiques qui ont touché la région la semaine dernière, la Ville de Herve, en concertation avec l’organisateur du Tour de Wallonie, a décidé, avec regret, d’annuler cette deuxième étape dont l’arrivée était prévue le mercredi 21 juillet dans la capitale du Plateau. Il était par ailleurs logique que le départ ne puisse pas se faire à Verviers, très gravement touchée par la catastrophe», avaient communiqué les organisateurs. Les pompiers, la police, les services communaux, la protection civile étaient tous mobilisés depuis près d’une semaine pour aider les citoyens des communes sinistrées par les inondations, notamment Verviers, Pepinster, Theux, Olne, Trooz, Chaudfontaine.

La deuxième étape du Tour de Wallonie, programmée le jour de la Fête nationale, a toutefois pu avoir lieu sur le Circuit automobile de Zolder, au coeur du Limbourg, où s’étaient déroulés les championnats du monde en 2002. Le vainqueur du jour était le sprinter néerlandais Fabio Jakobsen.

Trois jours plus tard, le 24 juillet, la cinquième et dernière étape du Tour de Wallonie prenait son envol sous le soleil de Dinant en direction de Quaregnon. Les coureurs avaient décidé d’offrir, avant le départ en bord de Meuse, leurs primes aux victimes des graves inondations qui avaient frappé le pays. Une somme de 71.050 euros a été versée en soutien aux victimes avec la collaboration de la Croix-Rouge de Belgique.

La fin de journée allait être marquée par de nouvelles pluies torrentielles sur les régions, notamment de Namur et de Dinant, causant de très importants dégâts.

Derrière les inondations de juillet 2021, l’ombre du réchauffement climatique

Les terribles inondations de la mi-juillet 2021, qui ont fait 39 morts et quelque 100.000 sinistrés en Wallonie, ont été rendues plus probables et plus dévastatrices par le réchauffement climatique, selon des scientifiques.

Quatre cents ans. En principe, de telles pluies diluviennes ne sont censées se produire, dans nos régions d’Europe de l’Ouest, que tous les 400 ans. Mais avec la hausse de la concentration de CO2 dans l’atmosphère et la montée du mercure qu’elle entraîne, ce type d’évènement météorologique extrême risque de devenir plus fréquent.

Pendant longtemps, les scientifiques ont été frileux à affirmer que telle ou telle catastrophe naturelle était due aux changements climatiques, se bornant à dire que leur survenance était plus probable et leur force plus importante dans le contexte de la hausse du mercure. Mais depuis quelques années, les progrès scientifiques ont permis de réaliser des études dites «d’attribution» qui calculent si, et dans quelle mesure, un événement extrême spécifique est rendu plus ou moins probable et plus intense en raison du changement climatique.

La première étude sur l’attribution d’événements extrêmes a été publiée en 2004 et portait sur la canicule survenue à l’été 2003 en Europe occidentale, et qui avait fait 70.000 victimes.

Les inondations de juillet 2021, qui ont également touché l’ouest de l’Allemagne, le Luxembourg et une partie des Pays, faisant au total plus de 200 morts, ont fait l’objet d’une étude d’attribution, menée par 39 chercheurs belges et internationaux, sous l’égide du World Weather Attribution group (WWA). Ces chercheurs ont estimé que les changements climatiques ont rendu les précipitations extrêmes survenues mi-juillet sur nos régions de 1,2 à 9 fois plus susceptibles de se produire. En outre, le réchauffement d’origine anthropique augmente de 3 à 19% l’intensité de ce type de précipitations.

Ces dramatiques inondations ont précédé de quelques semaines à peine un rapport du Giec, le groupe d’experts climat de l’Onu, dans lequel les scientifiques affirment que le réchauffement climatique est dû «sans équivoque» à l’influence humaine.

Selon le Giec, l’activité humaine a réchauffé le climat à un niveau sans précédent depuis au moins 2.000 ans.

L’Organisation météorologique mondiale, autre organe onusien, estime que la température moyenne de la planète a déjà dépassé de plus de 1,10°C celle de l’ère préindustrielle.

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