Tribunal correctionnel : Mamie Arnaque a été frappée

Avec Louise, chaque centime comptait.
Avec Louise, chaque centime comptait. - S.P.

Le 8 mars dernier, Géry et son fils Xavier étaient placés sous mandat d’arrêt par un juge d’instruction montois. Géry a raconté à ce dernier une histoire tout à fait rocambolesque. Seul, infirme, il a rencontré Louise, 78 ans, via internet.

« Dans leurs conversations, elle a raconté qu’elle payait 1.000 euros pour la location d’une chambre. Géry l’a rencontrée une semaine plus tard et lui a proposé une chambre à 500 euros. Elle ne lui a jamais rien versé mais elle lui réclamait de l’argent pour payer les frais de vétérinaire pour ses chiens, pour son filleul coincé au Maroc après un séjour en Côte d’Ivoire », explique Me Mélissa Vervaeke, son avocate.

Lassé de devoir tout payer, Géry finit par la foutre à la porte mais il ignorait que Louise était partie s’installer chez sa propre fille à Flobecq. Le 7, elle est revenue à Mouscron. Xavier était là. L’ancien délinquant qui s’est rangé des voitures, a pété un plomb. « Je l’ai empoignée et je lui ai donné une gifle en lui demandant de rembourser ce qu’elle devait à mon père. J’ai pris sa carte de banque pour vérifier si elle avait assez d’argent pour partir. Elle parlait d’acheter une maison pour 280.000 euros en cash », raconte Xavier, détenu.

Son père, libéré après quatre jours de détention préventive, confirme la scène. « J’ai cru qu’elle était repartie en France. J’étais bien tranquille mais elle est revenue huit jours après son départ, avec ses sacs qui se trouvaient dans deux voitures. Je ne l’ai pas touchée… Enfin si, je lui ai mis une petite claque sur la tête car elle se disputait avec mon fils, ils étaient comme deux petits coqs. J’ai tenté de les séparer car elle tapait mon fils ».

Le juge l’interpelle : « Mais elle est petite et vieille ».

Géry répond : « Moi aussi je suis vieux et j’ai du mal à rester sur mes jambes ».

Pour le ministère public, le traitement inhumain et dégradant n’existe pas dans cette affaire. « Il y a eu des coups car elle a été tirée par les cheveux et elle a reçu des gifles. Il y a eu vol aussi mais je pense que le jeune homme a été téléguidé par son père. Il y a eu aussi une tentative de vol car des retraits bancaires ont été tentés à Flobecq et Tournai, avec la carte de madame », explique le procureur qui a requis une peine de 18 mois, assortie d’un sursis probatoire, pour les deux hommes.

Géry conteste avoir dérobé le téléphone portable de Louise, objet retrouvé dans sa chaudière six jours plus tard. « Il est allé le ramener à la police, lui-même », précise son avocate.

« Dans cette histoire, toute la famille a eu le sentiment d’avoir été arnaquée. Mon client n’avait plus fait parler de lui depuis 2013. Il s’était remis dans le droit chemin et avait compris la leçon de ses erreurs passées », raconte Me Quentin Dufrane, avocat de Xavier.

Présumés innocents, père et fils seront jugés jeudi matin.

Les Français voulaient mamie arnaque

Louise Aubert, 78 ans, n’est pas une inconnue. En juin, 2017, elle a été condamnée par le tribunal correctionnel de Châteauroux à 42 mois de prison ferme avec délivrance d’un mandat de dépôt et à payer 35 000 euros de dommages et intérêts à celles de ses victimes qui s’étaient portées partie civile. Elle était donc recherchée en France. « Et, croyez-moi, les Français la voulaient absolument », glisse le procureur du roi.

Celle qui ressemble à une gentille mamie avait arnaqué des dizaines de personnes. Selon une victime, Louise savait y faire. « Elle parlait bien et savait embobiner les autres », avait indiqué l’AFP. « C’est une mamie adorable et on lui fait confiance d’emblée », avait expliqué un commerçant en électroménager qui avait livré à la vieille dame une cuisinière, un aspirateur, un four micro-onde et une cafetière… contre une lettre de change en bois.

Véritable routarde, Louise déménageait souvent. Elle a même réussi à rester trois mois, logée et nourrie à l’œil, dans un village retraite du département. « Cette dame a véritablement développé une forme de génie pour nous enfumer », a déclaré le directeur.

Un agent immobilier s’est aussi laissé convaincre de lui laisser les clés d’un logement à louer pour « simplement prendre des mesures pour ses meubles ». Le lendemain, « elle était totalement installée dans les lieux et, comme nous étions en période hivernale, il n’a pas été possible de l’expulser ».

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